Tour d’horizon des organisations 2007

Les interprètes permanents jouent un rôle crucial dans notre profession. Les organisations internationales évoluent et le Commission des Permanents de l'AIIC suit de près ces changements. Une fois de plus, ils font le point pour nous sur la situation au sein de ces gros employeurs que sont les institutions.

Structure des services d'interprétation [i]

Dans l'ensemble, la situation ne change guère, sauf au PE, où la Direction de l'Interprétation va devenir une Direction Générale, ce qui devrait avoir des répercussions positives aux plans décisionnel et financier.

De petites modifications sont prévues pour 2008 à l'OTAN, où le nombre de superviseurs assistant le chef interprète passera de 4 à 6.

Mme Tania Chauvet, chef du Service d'interprétation à l'ONUG, part en retraite à la fin de l'année. Après ce qui s'est passé la dernière fois où ce poste était devenu vacant, l'administration a garanti aux interprètes que le futur chef sera un interprète. Départ en retraite également à l'ONUNY, mais dès la fin du mois de septembre, pour le chef actuel, Mme Brigitte Andréassier. [ii]

Au SCIC et au PE, les 3 nouvelles langues récemment ajoutées ont porté le nombre des langues officielles à 22.

À l'OACI, on ne sait pas encore si les interprètes devront bientôt faire davantage de traduction ou s'ils ne seront pas même redéployés dans les services de traduction.

Effectifs et recrutement

La plupart des organisations doivent faire face au départ à la retraite de nombreux interprètes expérimentés.

Plusieurs organisations recrutent de nouveaux interprètes, par exemple l'ONU (dans toutes les cabines à l'ONUG), le PE (concours chaque année pour diverses cabines), le SCIC (pour remplacer les retraités ou couvrir les nouvelles langues), le GFC (des diplômés de l'Université d'Ottawa sont embauchés pour remplacer les retraités) et la CPI, jeune organisation en pleine croissance.

À l'OACI, la situation devient critique du fait du départ de 4 retraités (près de 25 % de l'équipe actuelle) et la réduction des effectifs est aussi à l'ordre du jour à l'OTAN et au FMI.

On constate avec inquiétude que plusieurs organisations pratiquent le recrutement  à un bas niveau de classification, ce qui rend les postes relativement peu attrayants (CE, FAO, PE; tentative à l'OCDE).

Les perspectives sont toutefois plus encourageantes à l'ONUV, où il est prévu d'ajouter un poste dans chaque cabine et de relever le niveau des chefs de cabine à P5, et à la FAO, où il y a maintenant un permanent dans chaque cabine et où un chef vient finalement d'être nommé après 4 ans d'intérim.

L'OTAN a davantage recours aux freelances et deux postes d'interprètes y ont été supprimés pour permettre de doter deux postes administratifs tout à fait nécessaires.

Conditions et charge de travail

Le nombre de réunions est temporairement en baisse à l'OCDE (vu le manque de salles disponibles) et à l'OTAN. Paradoxalement, les permanents de l'OCDE ont l'impression que leur charge de travail s'est alourdie.

Aux institutions européennes (SCIC, PE, ECJ), des négociations sont en cours sur les dispositions spéciales concernant le recours à la télé-interprétation lors des réunions de haut niveau [iii]. Les nouvelles cabines se trouvent parfois contraintes de faire plus de réunions que le nombre maximal reconnu comme norme.

Un projet de document sur les conditions de travail au Conseil de l'Europe élaboré en 2006 n'a pas encore reçu le feu vert de l'administration.

Les interprètes de la FAO reçoivent maintenant une compensation pour le travail effectué le week-end ou les jours fériés, mais seulement grâce à la bonne volonté du chef interprète, car rien de tel n'est encore prévu au règlement. Les difficultés financières se traduisent par une improvisation excessive dans la programmation de certaines réunions.

À la CPI, un projet de document sur les conditions de travail a été présenté au chef du service.

Installations et équipement

Des rénovations sont en cours dans plusieurs organisations.

À la FAO, la remise à niveau des salles et de l'équipement est en cours. Au SCIC, il a fallu procéder d'urgence à des réparations au Centre de conférences Borschette, qui s'écroulait littéralement (la construction d'un nouveau centre va prendre des années). Les cabines de l'OCDE sont maintenant toutes munies de moniteurs et un Centre de conférences ultramoderne devrait bientôt ouvrir ses portes, mais les interprètes n'ont pratiquement pas été associés à sa planification. À l'ONUV, l'enlèvement de l'amiante va nécessiter la fermeture des installations existantes après qu'un nouveau bâtiment aura été construit (normalement dès l'année prochaine).  À l'ONUG, les rénovations ont commencé et les interprètes ont fait de gros efforts pour être consultés vu l'absence d'un Plan-cadre d'équipement.

Missions

Les missions deviennent plus fréquentes à l'OTAN (un bémol : la classe affaires est chose du passé), elles ne sont plus qu'un souvenir à l'OACI et restent peu nombreuses à l'ONUNY. Elles ont aussi diminué au FMI, qui met davantage l'accent sur le recrutement de free-lances locaux.

Pour pouvoir être envoyés en mission, tous les interprètes de l'ONU doivent maintenant suivre un cours informatisé sur la sécurité; la CPI a adopté la même politique.

Après l'élargissement, les équipes se sont étoffées au SCIC. Les missions sont donc plus coûteuses et, de ce fait, moins fréquentes. Un bon point toutefois: les interprètes qui préfèrent n'être affectés qu'au siège peuvent s'inscrire dans le groupe 'peu de missions'.

Formation professionnelle et évaluation du rendement

Dans de nombreuses organisations, les incompatibilités d'horaire empêchent les interprètes de profiter des possibilités de formation, notamment des cours de langues.

À l'OTAN, un audit a donné lieu à la mise au point d'un système d'évaluation de la qualité qui servira à adapter la formation aux besoins de chacun.

Au PE, on peut facilement suivre les cours composant une «boîte à outils» d'habiletés fondamentales (pour les interprètes: documentation, structures et procédures du PE, etc. - mais les cours de langues n'y figurent pas et l'offre est encore  trop limitée).

Les interprètes du SCIC ont accès à plus de journées de formation que les autres employés, principalement à cause de la durée des cours de langues.  De plus, quelque 80 interprètes pourront bénéficier de séjours de perfectionnement à l'étranger  pouvant durer jusqu'à 3 mois. Ils peuvent également suivre des cours de remise à niveau ou des leçons particulières. À l'OACI, il est désormais quasiment impossible de profiter des possibilités de formation disponibles en dehors de l'organisation.

Un cours spécial sur la modulation de la voix a été offert aux interprètes du GFC intéressés, de même qu'un cours pratique d'interprétation à partir de l'espagnol.

À la CPI, le programme interne de formation pour les interprètes de swahili et d'acholi a pris fin en 2007 et 8 interprètes (4 par langue) sont maintenant qualifiés pour travailler en simultanée.

Le russe prend de plus en plus d'importance à la FAO et une aide est prévue pour qui voudrait l'ajouter à ses langues de travail.

Documentation, informatique et terminologie

La distribution électronique de la documentation se généralise, mais cela peut poser des problèmes lorsque des versions en plusieurs langues sont nécessaires.

À l'ONUV, l'administration fournit maintenant des laptops, mais seulement aux chefs de cabine.

Les interprètes de l'OTAN peuvent désormais utiliser un moniteur dans chaque cabine et de 4 à 6 laptops vont être mis à leur disposition pour les déplacements.

Nouvelles technologies

La diffusion de séances sur Internet devient une pratique courante; le SCIC y a recours pour les réunions ministérielles, le PE pour les plénières, la CPI et la CE (CEDH) pour les audiences. Une mise en garde relative à l'interprétation apparaît parfois à l'écran, ce qu'il serait bon de généraliser. Vue la nature même de la simultanée, l'enregistrement de l'interprétation ne devrait être accessible que pendant peu de temps. L'OCDE ne s'embarrasse pas de telles précautions et certaines réunions importantes sont parfois diffusées ainsi à l'insu des interprètes, même quand elles sont accessibles au grand public.

La télé-interprétation et les vidéoconférences sont utilisées dans de nombreuses organisations, mais en général seulement de façon ponctuelle. Leur règlementation commence à être envisagée, notamment dans le cadre des négociations interinstitutionnelles qui se déroulent actuellement en Europe (SCIC, PE, ECJ) [iv]. À l'ONUV, l'administration semble bien décidée à s'engager unilatéralement (sans coordination avec l'ONUG ou l'ONUNY) sur la voie de la télé-interprétation malgré les résultats plutôt négatifs des expériences déjà réalisées. Dans le nouveau centre de conférences de l'OCDE, les cabines d'une autre salle seront mises à contribution lorsque le nombre de langues utilisées lors d'une réunion dépassera celui des cabines disponibles là où la réunion se déroule.

À l'instar de plusieurs autres organisations, la FAO et l'ONUG devraient bientôt installer des moniteurs dans les cabines.

[i] Organisations représentées:

Gouvernement fédéral du Canada, Ottawa (GFC)
Conseil de l'Europe, Strasbourg (CE)
Commission européenne, Bruxelles (SCIC)
Parlement européen, Bruxelles/Strasbourg (PE)
FAO, Rome
OACI, Montréal
Collège de défense de l'OTAN
Cour pénale internationale, La Haye (CPI)
Fonds monétaire international, Washington (FMI)
OTAN, Brussels
OCDE, Paris
Nations unies, Genève (ONUG)
Nations unies, New York (ONUNY)
Nations unies, Vienne (ONUV)

[ii] En 2008, les nouveaux chefs sont, respectivement, M. Zh Li à l'ONUG and M. Hosam Fahr à l'ONUNY.

[iii] Les négociations ont pris fin peu après la réunion de la CdP.

[iv] Voir aussi sous 'Conditions de travail': ces négociations ont pris fin après la réunion de la CdP



Recommended citation format:
Staff Interpreters. "Tour d’horizon des organisations 2007". aiic.fr March 3, 2008. Accessed April 24, 2019. <http://aiic.fr/p/2957>.